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La question de la semaine
Selon vous, le RACC parviendra-t-il à se maintenir en Fédérale 2 ?:

EN SOUVENIR DE SON BANDEAU

La première fois que j'ai rencontré Laurent Fignon, j'étais au bord de la route. Chaque année, mes parents m'emmenaient voir Blois-Chaville (redevenu par la suite Paris-Tours). Nous nous installions dans l'une des dernières bosses de la vallée de Chevreuse, là où les coureurs s'arc-boutaient sur leur machine, quand les derniers ne posaient pas pied-à-terre tellement la pente était prononcée.

Fignon, alors jeune néo-pro, était passé seul en tête, lunettes cerclées sur le nez et bandeau en éponge Renault-Gitane vissé sur le crâne. Sa façon d'avaler cette bosse de Saint-Rémy-de-Chevreuse ne laissait planer aucun doute. Il allait signer un superbe exploit...

Le temps de voir passer tout le reste du peloton, lancé à sa poursuite, de chercher du regard son inséparable pote Pascal Jules, nous nous étions ensuite amusés de voir le car qui servait de voiture-balai manoeuvrer au sommet de la côte, coincé qu'il était dans un virage en épingle. Je prolongeais ainsi le plaisir de voir les coureurs.

Je n'ai appris que le soir, tard, que Fignon avait chuté et qu'il n'avait pas gagné Blois-Chaville. Le lendemain, dans l'Équipe, on le voyait le cul sur l'asphalte, dégoutté d'être passé si près de la victoire. Un an plus tard, il allait gagner son premier Tour de France et moi, j'avais le fameux bandeau-éponge sur la tête. J'étais fan et avec les copains, nous tournions dans le quartier en improvisant des sprints. L'un était Fignon, l'autre Marc Madiot, un troisième Peter Winnen.

L'année d'après, Fignon a remporté un deuxième Tour, mais je n'étais plus fan. Il avait commencé à montrer la sortie à Bernard Hinault et ça, c'était impardonnable. La suite de sa carrière, je l'ai suivi avec intérêt, mais je ne parvenais pas à me passionner pour ce coureur imbu de sa personne, si rarement souriant. Pour tout dire, j'étais même franchement ravi quand, en 1989, Greg LeMond l'a crucifié sur les Champs-Élysées. Huit secondes de bonheur.

L'affront fait à Hinault

Devenu journaliste, Fignon avait bouclé ses douze saisons chez les pros depuis un moment déjà, je l'ai souvent croisé sur les courses. Un bonjour par ci, une main serrée par là. Mais jamais de conversation directe jusqu'à l'une des premières éditions de Paris-Corrèze, l'épreuve qu'il avait créée avec Max Mamers. Au hasard d'une interview, j'avais découvert un homme affable. Glissant souvent quelques piques et bons mots qui me le rendaient à nouveau sympathique. En tout cas beaucoup plus qu'un autre retraité des pelotons du nom de Bernard Hinault. Comme quoi, avec le temps, on revoit son jugement.

Lorsqu'il a pris l'antenne pour la première fois, à Rotterdam, sur le dernier Tour de France, comme beaucoup, j'ai été abasourdi par le son de sa voix. Ses affaires ne s'étaient donc pas arrangées. J'avais de la peine pour lui. Puis les jours sont passés et je me suis habitué à ce ton monocorde. A cette verve, aussi, qui ne lui a pas fait que des amis dans le peloton. J'ai trouvé ça très drôle. Plus que l'habituel discours consensuel de certaines « vedettes » de France Televisions.

Au début du mois d'août, j'avais prévu d'aller à sa rencontre pour faire un sujet avec lui. C'était à Contres, au départ de Paris-Corrèze. Mais il n'est pas venu. En lieu et place de l'homme aux lunettes, une affichette placardée un peu partout par l'organisation et sur laquelle Laurent Fignon avait écrit quelques mots pour souhaiter bon vent au peloton. Je n'ai su qu'au lendemain de sa mort, dans tous les articles que la presse lui consacrait, qu'il était en fait hospitalisé à la Pitié-Salpétrière. Deux jours avant lui, le réalisateur Alain Corneau, s'était éteint, lui aussi. À quelques chambres de celle de Fignon, sans doute. Tous les chagrins du monde, comme l'a si joliment écrit le journal Sud Ouest.

Aujourd'hui, le champion n'est plus là. Bizarrement, la seule image que je conserve de lui, c'est son visage tendu par l'effort dans une bosse de la vallée de Chevreuse, et ce bandeau Renault-Gitane qui me faisait rêver. Laurent Fignon a rejoint son pote Pascal Jules dans un ailleurs où ils vont sans doute refaire la fiesta. Et ça me fait tout drôle...



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