Le Nantais Anthony Ravard, déjà vainqueur en 2008 sous les couleurs d'Agritubel, a inscrit son nom au palmarès de la 7e édition de la Classic de l'Indre courue, dimanche, à Châteauroux. Pour l'emporter au nez et à la barbe de Romain Feillu, Ravard est parti de très loin.
En juin dernier, au moment de la présentation de l'épreuve, le parrain du moment avait expliqué qu'il « n'avait rien contre un sprint massif. Quand c'est bien mené, c'est très beau aussi un sprint. » Ces paroles, c'est Vincent Lavenu, manager d'Ag2r-La Mondiale, qui les avait prononcées. Ajoutant même qu'en prévision de la course aoûtienne, il enverrait tous ses sprinters.
Mondory, Ravard et Goddaert étaient bien au rendez-vous, dimanche matin, de la 7e Classic de l'Indre. 201,7 kilomètres plus loin, le maillot bleu, blanc et marron flottait au sommet du podium. Mais comme le sud de l'Indre, ses routes sinueuses et ses paysages verdoyants, ça s'apprécie sans modération. Quatre hommes ont voulu s'en convaincre, qui ont animé l'essentiel des débats pendant la longue transhumance vers la vallée de la Creuse. Une fois que Maxime Médérel (BigMat-Auber 93), Stéphane Rossetto (Vacansoleil), Tom Slagter (Rabobank) et Martin Kohler (BMC) eurent fini d'apprécier les beautés cachées du Bas-Berry, c'est un final convenu qui vint ponctuer les débats.
Un sprint massif, tendu comme un string sur toute la longueur de l'avenue de La Châtre, qui a permis à Anthony Ravard d'inscrire pour la deuxième fois son nom au palmarès de la course. Romain Feillu (Vacansoleil), croqué sur le fil, se souvenait bien « qu'Anthony avait gagné en lançant de loin, il y a deux ans. Là, il est revenu de derrière. J'étais pourtant bien placé dans la roue de Jimmy (Casper), mais le danger est venu d'ailleurs... » Et voilà comment l'aîné des Feillu, 4e en 2006, 2007, 3e en 2008 et 2e l'an dernier, a ajouté une place d'honneur dans cette Classic de l'Indre qui le fuit décidément.
Il ne devait pas être le seul déçu du moment, Romain. Maxime Médérel, Limousin passé par l'UC Châteauroux, avait sans doute quelques regrets. Le coureur de BigMat sortit pourtant en moelleux dans la côte de Rimoron, une bosse de 700m à 12 % qui se dressait comme premier obstacle sur la course. « J'ai voulu monter à un rythme assez soutenu parce que je savais qu'en haut du pétard, la descente était compliquée. Si ça faisait rideau derrière, c'était bon. » C'est exactement ce qui se passa lorsque Rimoron fut dépassé.
Coup de Trafalgar de Bbox
L'effort du peloton coupé dans un bel élan porta alors les fuyards jusqu'à 6'20 devant. « Mais franchement, je n'y croyais pas, avoua plus tard Stéphane Rossetto. Je pensais être repris sur le circuit par un peloton groupé. Mais le scénario n'a pas été celui prévu. » Car lorsque la course entama se remontée vers Châteauroux, les Bbox de Didier Rous forcèrent l'allure. Bien épaulés par Cervélo et les hommes de la FDJ, la chasse signifia la fin de la belle aventure aux quatre échappées. Mais un brusque changement de vent faillit bien déjouer tous les pronostics.
Car les Bbox, idéalement placés, sentirent parfaitement le coup au point de provoquer une cassure dans laquelle se retrouvèrent 27 coureurs : tous les Bbox-Bouygues Telecom (8), Anthony Ravard, ses coéquipiers Martin Elmiger et Lloyd Mondory, Romain Feillu, Jimmy Engoulvent, Cyril Lemoine (Saur-Sojasun), Geoffroy Lequatre, Haimar Zubeldia (RadioShack) et quelques autres. En clair, un sacré paquet de favoris, sauf les FDJ de Sandy Casar ou les Cervélo de Davide Apollonio.
Rentré sur le circuit final, le premier groupe porta sa marge de sécurité à une quarantaine de secondes jusqu'à ce que les grands absents du coup n'entament sérieusement la poursuite. Du coup, le peloton revint sur les talons de la petite troupe à trois kilomètres du but. Tout restait à jouer. On sait ce qu'il advint pour Anthony Ravard.
Dans l'espace qui leur était réservé pour le protocole, Ravard et Feillu, anciens compagnons d'armes chez Agritubel, continuèrent de se congratuler. « En rigolant, ce matin (dimanche), avec Anthony, on s'était dit qu'il fallait qu'on ''baise'' le gros Casper ! » Et Ravard d'expliquer, sourire aux lèvres : « On s'était appelé samedi soir pour se demander qui allait gagner de nous deux... »
« Qui ''baisera'' le gros Casper ? »
Ces deux-là s'entendent comme larrons en foire, c'est une évidence. Du temps d'Agritubel, le duo de sprinters était beaucoup moins facétieux. « C'est normal, on était en concurrence. Aujourd'hui, on s'entend bien. On s'entend même encore mieux depuis qu'on n'est plus ensemble dans la même équipe » rigola Feillu.
Redevenu soudain plus sérieux, le Vendômois évoqua alors son ambition d'aller à Melbourne, début octobre, pour les championnats du monde : « J'ai eu Laurent Jalabert au téléphone. Je sais qu'il y a beaucoup de monde sur la liste. Je ne veux pas le harceler. Et si je n'étais pas bien, je saurais le dire, même au dernier moment ! Si je n'ai pas de réponse positive, je serais encore plus motivé pour montrer que j'avais ma place dans l'équipe de France. »
Le discours n'est pas le même chez Anthony Ravard. Le Nantais n'aspire pas à filer vers l'Australie où la dernière tendance ne laisserait qu'au seul Jimmy Casper le rôle de sprinter attitré des Bleus. Non, ce qui intéresse au plus haut point le sprinter d'Ag2r-La Mondiale, c'est « de disputer le Tour de France au moins une fois dans ma carrière. Je ne l'ai encore jamais fait. Je voudrais bien me retrouver avec les meilleurs sprinters mondiaux. C'est pour ça que j'ai les dents longues ! »
En l'espace de trois éditions, Anthony Ravard les a quand même planté deux fois sur le podium de la Classic de l'Indre. Et pour lui, ça veut dire beaucoup.

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