Le nom de Nicolas Pires ne vous dit sans doute pas grand-chose. Sa passion, en revanche, vous a forcément scotché, un jour, au hasard d'un spectacle de rue. L'ancien basketteur castelroussin a fait du diabolo son métier. Depuis un an, il présente un show dans le parc Disney de Hong Kong.
Le basket et les écoles de commerce mènent à tout. À condition d'en sortir... et de surfer sur la vague des opportunités. A 24 ans, Nicolas Pires, ancien meneur des cadets France de feu le CBC 36 mène sa vie sur un fil et deux bâtons. Ceux qui lui permettent de faire virevolter son diabolo.
« J'en fais depuis que j'ai une dizaine d'années. J'ai commencé à faire les spectacles de fin d'année au lycée, puis dans mon école de commerce, à Angers, j'ai fait les soirées évènementielles. À la base, je souhaitais bosser dans le marketing sportif. J'ai même fait un stage chez Havas sports, mais quand je suis sorti diplômé, en 2008, c'était hyper bouché. Je me suis demandé si je ne pouvais pas développer le diabolo. C'était plus fun, c'était ma passion... »
Nicolas, qui avait créé un site Internet mettant en lumière cette fameuse passion, tente sa chance : « J'ai envoyé l'adresse de mon site (voir ici) à tous mes contacts, au réseau des anciens de l'école. En tout, pas loin de 500 mails. C'était en mars 2009. Deux mois après, j'ai reçu un coup de fil d'une femme se présentant comme responsable artistique de Disneyland Paris. Elle m'a dit qu'elle avait vu la vidéo de mon site où j'avais rassemblé des choses pendant trois ans, lors de voyages sur des sports sympas. Elle voulait que je passe une audition pour le parc Disney de Tokyo. J'ai cru que c'était une blague... »
Trois minutes d'images d'un diaboliste - « c'est le nom des spécialistes, mais ça n'a rien de mystique ! » - à travers le monde, de la muraille de Chine à Big Ben, du Pain de Sucre à Lisbonne en passant par les plages de Thaïlande vont alors booster la carrière du Castelroussin, apparu lors du spectacle final du stage festival Darc 2009.
« On s'est donc rencontré, j'ai fait l'audition, ils m'ont dit qu'en fait, il y avait une erreur, que c'était pour le parc Disney de Hong Kong. On m'a ensuite rappelé pour me dire que c'était OK. J'ai raccroché, ma décision était prise, mais j'ai attendu le lendemain pour leur dire. Pour la forme. Rien ne me retenait en France. C'était la première fois qu'on me proposait de vivre de ma passion. C'était il y a un an. »
Une vidéo, un destin
Arrivé à Hong Kong, Nicolas Pires va avoir quinze jours pour préparer son show, apprendre à respecter le timing imposé par la direction artistique de Disneyland. « J'ai sept shows de vingt minutes par jour. C'est comme une perf de rue. Il y a une interaction avec le public, c'est aussi de l'improvisation. Il y a zéro pression par rapport à la scène. Du coup, je ne suis jamais lassé, même si c'est un peu un rythme d'usine. »
Disney s'est offert l'exclusivité des prestations du Berrichon qui n'a pas tardé à se sentir comme un poisson dans l'eau dans le milieu artistique local. « J'ai eu la chance de trouver ce plan super tôt dans ma carrière. Ça a remis beaucoup de choses en question sur la vie professionnelle que j'ai envie d'avoir. Je souhaite faire se rejoindre ce que j'ai vu dans mes études et ce que je fais actuellement; produire d'autres artistes par exemple. »
Lorsqu'il a fallu renouveler son premier contrat, au bout de six mois, Nicolas a proposé à sa direction artistique d'ajouter du piment au show. « Je me suis dit que tout seul, je pourrais vite en avoir marre, alors j'ai soumis l'idée d'un duo avec un pote parisien qui fait du spectacle de rue. Depuis avril, on travaille ensemble. On a trois solos et quatre duos par jour avec Mickaël (voir ici). Et comme on sait que certains diabolistes viennent parfois nous voir, on essaye de monter d'un cran. Mais on tranche quand même par rapport à la magie de Disney. On est plus libres que les autres employés du parc. Les seules contraintes, hormis les costumes qu'ils nous font porter, c'est par rapport à la sécurité – parfois, on n'est pas loin de l'accident à cause d'un fil qui casse ! - ou au niveau de nos blagues. Il ne faut pas qu'elles descendent en dessous de la ceinture » lâche-t-il dans un éclat de rire.
Humilité et remise en question
ça, c'est la face visible de la carrière. Mais en coulisse, le diaboliste entend maintenant mener un projet déjà bien abouti dans son esprit : développer un DVD qui réunira les meilleurs spécialistes mondiaux. Un film à vocation éducative présentant le free-style, les spectacles. « Dans le monde, il existe des dizaines de personnes, des gamins de 14 ans, qui sont bien plus forts que moi. Un DVD sorti il y a quelques années a influencé toute une génération. Les gamins n'ont pas de barrières. Moi, j'essaie constamment de capter ce qu'ils font. » Dans son discours transpire une remise en cause constante; une humilité évidente, aussi.
On découvre alors Nicolas s'émerveillant devant une vidéo d'un Tourangeau de 17 ans qui s'est imposé comme l'un des maîtres de la discipline depuis quelques mois. « Lui, il est le seul à mettre quatre diabolos dans le même fil. Il m'a déjà donné son accord pour être dans le DVD. Avec le diabolo, la progression est infinie. Certains jonglent avec quatre, cinq diabolos en même temps. Moi, je fais du trois. Mais du trois basique... »
Et la dimension sportive dans tout cela ? « À Hong Kong, les contraintes du ''taf'', c'est qu'il fait plus de 30°, que l'humidité est très élevée. Alors, j'ai deux à trois heures d'entraînement par jour. Je n'avais jamais tenu un rythme comme ça. Au bout de deux mois, il y a eu des tendinites des épaules, des chevilles. Mais on a un kiné qui s'occupe de nous. »
Nicolas Pires, on l'a compris, est désormais bien loin du basket. Pourtant, alors qu'il profitait de quinze jours de vacances chez lui, en Berry, il a retrouvé ses copains du CBC sur le bitume de la Sénatorerie, un terrain que les basketteurs castelroussins connaissent bien. Quelques paniers ont jalonné son séjour sans que le diabolo ne soit jamais bien loin, comme lors de notre rencontre place de la République, à Châteauroux (voir ici).
Mercredi, Nicolas a repris l'avion pour Hong Kong, un monde à part où il a découvert que la balle orange était portée aux nues. « Le basket est partout là-bas, ça doit être le syndrome Rajsavong. Tout le monde peut y jouer, mais je n'ai pas le temps. » Le diabolo mène trop sa vie pour qu'il puisse fouler les parquets chinois.
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